Emmanuel Eggermont ©Jihyé Jung

Emmanuel Eggermont, artiste associé (2019-2021)

Entretien

04/09/2018 - 22h00

Le Centre chorégraphique national de Tours suit depuis quelques années votre travail. Strange Fruit, votre avant-dernière création, a été coproduite (dans le cadre d’un accueil studio) puis programmée en mars 2017 au CCNT. Le solo L’après-midi de Raimund Hoghe, que vous interprétez, a été présenté en 2015 (Tours d’Horizons). Cette même année, pour célébrer la fin du festival, vous avez dansé aux côtés de Thomas Lebrun, Christine Jouve et Michèle Noiret au Cloître de la Psalette. Quelle fut votre réaction lorsque Thomas Lebrun vous a proposé d’être associé au CCNT ?

Lorsque Thomas Lebrun m'a fait cette proposition, je me suis tout de suite dit que c'était le bon lieu et la bonne équipe pour être artiste associé. Le soutien du CCNT a été déterminant dans la réalisation de mes derniers projets. C'est un lieu où je me sens bien pour travailler et à chaque fois que j'y ai dansé, le partage avec le public a été d'une belle intensité. Aussi, je respecte et admire le travail développé par le CCNT. Notamment, la qualité et la diversité des projets accueillis en résidence ou des propositions que l'on retrouve pendant les festivals laissent apparaître un projet artistique sensible, intelligent et généreux. Je suis très enthousiaste à l'idée de rejoindre un tel projet.

Ce type d’association réoriente-t-il les perspectives d’un travail de compagnie ou au contraire les conforte-t-il ?

Au sein de ma compagnie L'Anthracite, j'ai la chance de me sentir libre d'imaginer de nouveaux schémas de travail, d'inviter d'autres champs artistiques à rejoindre mes créations et d'inventer des endroits de partages avec le public. L'idée de l'association avec le CCNT m'apparaît comme une opportunité de renforcer cette démarche en lui donnant les moyens de se développer plus largement. Il s'agit aussi de l'inscrire sur le territoire et c'est en ça que de nouvelles perspectives se dessinent. Thomas Lebrun et moi avons en commun de développer un travail chorégraphique singulier dans le panorama de la danse. Nous souhaitons cultiver ces singularités pour qu'elles dialoguent et élargissent le champ des possibles de cette association.

Vous allez présenter en janvier prochain Πόλις (Polis), votre dernière création. Après l’exploration d’une archive historique pour Strange Fruit (constituée de photos et d'écrits inédits traitant du conflit italo-ottoman en Libye, 1911-1912), vous avez choisi de travailler sur le thème de la cité pour interroger son processus de formation et d’organisation. Votre intention était de procéder à une fouille archéologique de toutes les significations de cette notion. Pour chacun de vos projets, éprouvez-vous toujours le besoin d'examiner minutieusement le sujet auquel vous vous confrontez ?

Chaque projet est l'occasion de nouvelles rencontres pour questionner la poétique complexe des rapports humains à travers le prisme d'une thématique choisie. Dans mes pièces, j'essaie « d'ouvrir des portes », je n'impose pas une idée, je multiplie les niveaux de travail, aménage des strates qui mobilisent différents types de références pour permettre au spectateur de multiples accès à l’œuvre et ainsi se sentir concerné, actif.

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Emmanuel Eggermont s’est formé à la danse contemporaine au Centre National de Danse Contemporaine d’Angers (1999). En 2002, après trois ans aux côtés de Carmen Werner à Madrid, il est invité à Séoul pour intervenir au sein d’un projet mêlant pédagogie et chorégraphie. De ces deux années passées en Corée du Sud et de sa collaboration de plus de dix ans avec Raimund Hoghe (Boléro Variations, Si je meurs laissez le balcon ouvert et L’Après-midi...), il a gardé une attention pour l’essence, pour l’essentiel. Avec un goût tangible pour l'art plastique et l'architecture, il développe une écriture singulière : des images aux résonances expressionnistes y côtoient une danse abstraite et des tonalités plus performatives. Ses projets chorégraphiques, il les développe depuis 2007 à Lille au sein de L’Anthracite. De 2010 à 2016, Emmanuel Eggermont était en résidence de recherche à L’L (lieu de recherche expérimentale en arts de la scène à Bruxelles). Un processus qui a abouti à plusieurs pièces, dont Vorspiel (2013), pièce soutenue par l'ensemble des Centres de Développements Chorégraphiques Nationaux, pour laquelle il invite musiciens, acteurs et plasticiens à se joindre à la représentation. En 2014, il est invité par la SACD à participer aux Sujets à Vif au festival d'Avignon. Emmanuel Eggermont est lauréat de la bourse d'écriture de l'Association Beaumarchais pour le solo Strange Fruit créé en mai 2015 au FRAC Alsace, projet de regards croisés artistiques autour d'une archive historique récemment découverte. En 2017, L'Anthracite crée Πόλις (Polis), où cinq danseurs interrogent le processus de la formation de la « cité » à travers le prisme de rencontres (historiens, archéologues, habitants...).